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Association de capoeira PALMARES de Paris.

La révolte des troupes étrangères
à Rio de Janeiro en 1828
selon le rapport du Contre-Amiral Le Marant

Le commandant de la station de Rio de Janeiro de la Marine royale française a envoyé à terre un détachement d'infanterie de Marine pour assurer la protection du Palais Impérial et de l'Arsenal pendant la révolte des troupes étrangères.

transcription et présentation
Pol Briand

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MISE A JOUR LE 23 NOV 2004 / corr. le 29 mai 2007

Circonstances

L'auteur. A 51 ans, dont plus de la moitié à la mer, le contre-amiral Le Marant (biographie) commande depuis deux ans la station stratégique de la Marine royale française à Rio de Janeiro, dans une situation de tension avec les autorités brésiliennes. Au temps du Royaume-Uni de Portugal, Algarve et Brésil, puis aux premiers temps de l'indépendance, les commandants français avaient sympathisé avec les autorités brésiliennes. A partir de 1825, ces hommes sont remplacés par des marins d'un autre réseau de pouvoir, sans doute plus liés, moralement et familialement, à la marine d'avant la Révolution française, alors que leurs prédécesseurs, les C.A. Roussin et Grivel, d'origine bourgeoise, étaient avec le Directeur des Personnels le C.A. Halgan, plus orientés par le principe de mérite que par celui d'hérédité; ce remplacement est sans doute l'effet du règne ultra-royaliste de Charles X en France. Quoi qu'il en soit, Le Marant, dans une de ses correspondances, admet qu'il s'entend bien avec les représentants de toutes les nations, excepté les Brésiliens.

La politique franco-brésilienne. Le Royaume de France a reconnu l'indépendance brésilienne en 1825. Il est représenté au Brésil par un Consul Général, dont le choix a certainement suivi, à l'avènement de Charles X la même année, les inflexions que nous avons notées pour la Marine. Le Marquis de Gabriac a remplacé le comte de Gestas, qui avait été actif et sympathique aux Brésiliens à l'époque de l'indépendance. En conflit avec les Provinces-Unies de la Plata (aujourd'hui Argentine) à propos de la Cisplatine (aujourd'hui Uruguay) que le Brésil occupe depuis 1818, la marine brésilienne a effectué le blocus de la Plata, et capturé des navires de commerce français, neutres, dans des conditions jugées irrégulièes par le gouvernement français, qui exige des dédommagements. Ne parvenant pas à un accord d'indemnisation par les voies diplomatiques, le Ministère envoie au printemps 1828 une division navale commandée par le Contre-Amiral Roussin pour appuyer ces demandes par des menaces effectives afin d'obtenir une convention. Alors que Le Marant attend cette relève qui l'enverra pour sa prochaine mission dans le Pacifique, éclate la révolte des soldats allemands et irlandais. Roussin arrivera le 5 juillet. Sans doute, sa connaissance du pays, autant que la démonstration de force, aidèrent à la conclusion des négociations.

Le peuple contre les révoltés. Les témoins de la révolte et de sa répression mentionnent une intervention populaire contre les révoltés. Le rapport de l'amiral ne contient aucune allusion à de tels faits. Il est clair que, tout en servant par principe et par politique les intérêts de l'Empereur Pedro I, le détachement des marins français ne devait pas s'impliquer par trop directement. Aussi bien, le détachement de marins français ne débarqua-t-il probablement qu'alors que ces épisodes avaient déjà eu lieu, et resta entre la place du Palais et l'Arsenal de la Marine, en secteur calme, avant d'aller à St. Christovam, certainement par bateau, puisque le Campo de Santana où étaient les révoltés irlandais se trouve sur la route par voie de terre, et il est invraissemblable que les rapports des officiers français ne l'aient pas mentionné, s'ils y étaient passés.

Voir aussi synthèse et documentation

Rapport du C.A. Le Marant

Notre transcription respecte l'orthographe et les coupures de ligne du manuscrit original, conservé aux Archives Nationales, Archives de la Marine, BB/4/ 506, Campagnes 1828.10 Amérique du Sud.
Des explications supplémentaires peuvent apparaître si vous laissez le curseur immobile deux secondes sur un terme.


fo.78

A bord de la frégate la Surveillante en rade
de Rio Janeiro, le 14 juin 1828

Monseigneur,

Le 11, la Surveillante avait toutes ses
dispositions faites pour pouvoir prendre la mer le lendemain,
ainsi que par mon dernier rapport j'avais eu l'honneur
de rendre compte à Votre Excellence que j'en avais
l'intention, pour me diriger vers le grand océan, conformém.t
aux ordres qu'elle venait de me faire parvenir par la
frégate la Nymphe.

J'étais descendu à terre sur les huit heures du soir
pour prendre congé de M. le Marquis de Gabriac qui
me fit connaître dès en entrant, qu'il venait de m'écrire
il y avait quelques minutes et de me faire passer une Note
de M. le M.is d'Aracaty Ministre des Affaires étrangères,  [note 1]
qui l'informait que des troupes Irlandaises et Allemandes
étaient en pleine insurrection et avaient massacré plusieurs
de leurs officiers; et que S. M. L'Empereur nous demandait
l'assistance de nos troupes pour ramener à l'ordre ces
insurgés.

Je m'en retournai de suite à bord pour donner des
ordres en conséquence, et je reçus un instant après, par un
des aides de camp de l'Empereur, une note qui m'était
directement adressée de son cabinet, par la quelle on me
renouvelait la demande des troupes qu'il nous serait possible
de mettre à terre pour agir contre les insurgés.


fo.78 verso

J'ai l'honneur d'adresser ci-joint à Votre Excellence
la copie de cette Note en conséquence des quelles j'ai pensé
devoir agir.

Je fis descendre les trois compagnies du 13e équipage
embarquées à bord de la Surveillante, une compagnie du 32e
de la frégate la Nymphe, et la compagnie du 9e de la
corvette de charge le Lybio; formant un effectif de 500 hommes
dont je donnai le commandement supérieur à M. le Capitaine
de Frégate de Rabaudy commandant le Lybio. Je dirigeai  [note 2]
moi-même ces troupes à terre, et je les fis mettre en
bataille sur la place du Palais, o j'appris que M.
le Ministre de la Guerre était à l'arsenal de terre. Je  [note 3]
me rendis près de lui et je l'informai que j'avais 500
hommes à sa disposition. Il me pria de les diriger sur
l'Arsenal de la Marine, ce que je fis. J'y rencontrai
le Ministre de la Marine auquel je remis les 500 hommes
de mon équipage, où ils prirent position. Sur les deux
heures du matin je retournai à bord de la Surveillante. Peu
de tems après je fus informé que l'Empereur avait demandé
mon équipage au château de S.t Christophe, et qu'en
conséquence ils s'y étaient rendus.

Voici, Monseigneur, ce qu'était cette insurrection et ce
qui a paru la causer. J'ai eu l'honneur d'informer Votre
Excellence dans mes anciens rapports qu'il était arrivé au
Brésil plusieurs bâtimens chargés de recrues Irlandaises.
Ces Irlandais qui depuis leur arrivée avaient montré en
eux la lie des hommes de leur pays, par leur inconduite,
avaient été placés, une partie tout-à-fait à l'une des
extrémités de Rio Janeiro, vers l'entrée, Praia Vermelha,


fo.79

l'autre partie, à celle qui lui était opposée, dans des
casernes au Campo S.te Anne. Un bataillon de six ou huit cents
Allemands que commandait M. le chevalier de Thon, était
caserné à une couple de portées de canon du chateau de
S.t Christophe, que l'Empereur habite le plus ordinairement avec
sa famille, et faisait le service de ce chateau.

Dès le 10, il se manifesta de la rumeur, en même tems,
parmi les Irlandais dans les deux positions où ils se trouvaient,
ainsi que parmi les Allemands. Les premiers, du 10 au 11,
massacrèrent leur Major sous le prétexte qu'il les volait et
qu'il le maltraitait, et l'insurrection parmi les Irlandais
du Campo S.te Anne, fut portée à son comble. L'on fit
agir contre eux et leur caserne, dans laquelle ils se
défendaient, du canon et tous les moyens de force dont on
pouvait disposer; et ce ne fut que le lendemain matin
après en avoir tué une centaine, qu'on put parvenir à
se rendre maître des autres. En même tems que cette
insurrection avait lieu parmi les Irlandais, les Allemands
casernés près de S.t Christophe, avaient tué deux de leurs
officiers, forcé le colonel de Thon qui les commandait à
prendre la fuite pour éviter le même sort, ainsi que la
plupart des officiers; sous le prétexte qu'on venait de
maltraiter un de leurs camarades, dans la punition d'une
centaine de coups de bâton que venait de lui faire infliger
le major du corps; qu'ils étaient généralement maltraités,
qu'on ne gardait pas près d'eux ce qu'on leur avait promis,
et qu'on venait d'accorder aux Irlandais, pour les fixer au
service du Brésil, des avantages qu'ils n'avaient pas. Ils
voulaient imposer l'obligation de congédier d'après des


fo.79 verso

conditions qui leur avaient été faites, ceux de leurs camarades
qui avaient fini leur tems de service, que l'on fît à ceux qui
resteraient les mêmes avantages qu'aux Irlandais, et qu'ils
ne seraient plus commandés que par des officiers allemands.

Voilà la situation où se trouvaient les choses, lorsque
nous nous trouvions au chateau de S.t Christophe, où je m'étais
rendu avec M. le Marquis de Gabriac pour continuer l'offre de
nos services à l'Empereur.

L'Empereur, laissant à nos marins, en plus grande
partie, la garde de son chateau et de sa famille qui s'y trouvait,
puisque nous étions la seule troupe à y être, avec la garde
habituelle des Allemands qui n'avaient pas pris part à
l'insurrection des casernes, par le seul motif sans doute qu'ils
ne s'y trouvaient pas; était parti dès le point du jour
pour faire embarquer les Irlandais du campo S.te Anne.

Les Anglais avaient débarqué leurs troupes, le 12, au point
du jour, formant à peu près 200 hommes qui vinrent
également à S.t Christophe.

Vers le midi, l'Empereur revint à son chateau et de ce
moment on s'occupa du moyen de réduire les insurgés
allemands. Nos marins, d'après l'ordre de l'Empereur,
marchèrent sur deux colonnes, une pièce de canon en tête de
chaque compagnie, et furent prendre position à une petite
portée de fusil des casernes des Allemands. Les Anglais
conservèrent leur position dans la cour du chateau, en attendant
le résultat de la sommation que l'Empereur fit faire aux
insurgés de mettre bas leurs armes devant les troupes
avancées qui se composaient, comme je viens d'avoir l'honneur
d'en rendre compte à Votre Excellence, de nos Marins, des


fo.80

Artilleurs Brésiliens manoeuvrant les quatre pièces qui
marchaient en tête de nos compagnies, et d'un escadron
de cavalerie Brésilienne. Les Allemands vinrent par
compagnie mettre bas les armes devant le front de nos
marins et de cette manière se termina cette insurrection.

Je m'étais porté avec M. le M.is de Gabriac parmi
nos marins et nous nous en revenions, après avoir vu
les Allemands mettre bas les armes, au chateau de S.t
Christophe, lorsque nous rencontrâmes l'Empereur venant
à cheval à la tête de son état-major, qui eut la grande
bonté de mettre pied à terre pour causer avec nous. Il nous
dit les choses les plus obligeantes et me témoigna le désir de
conserver nos marins et de les maintenir dans la position
qu'ils occupaient pour surveiller la conduite de ces Allemands
qui bien que désarmés pourraient se porter dans les campagnes
environnantes et y commettre beaucoup de désordres; ce qu'ils
avaient fait la veille dans tout ce qui avoisinait le chateau.
J'ai cru ne devoir pas mettre d'hésitation à assurer S.M.
que nos marins étaient à sa disposition pour tout le tems
qu'il voudrait les conserver; ce dont il m'a remercié très
obligeamment.

Nos marins sont donc restés sur le terrain, toute
la nuit, et en présence, tout le tems de l'embarquement
des Allemands qui a eu lieu le lendemain au matin; après
quoi l'Empereur a ordonné qu'ils fissent leur retour à l'Arsenal de
la Marine, où ils ont été réembarqués pour revenir à bord de
leurs bâtimens.

Cette insurrection, à laquelle je ne pense pas qu'on
puisse donne dans cette circonstance aucun motif politique,  [note 4]


fo.80 verso

pouvait pourtant devenir très facheuse pour le pays,
s'il s'était établi entre ces trois corps d'insurgés la
moindre communication. C'est la crainte qu'on a dû en
avoir, quand on s'est vu dans l'obligation de mitrailler les
Irlandais qui se trouvaient dans les casernes du campo S.te Anne
en même tems qu'on savait l'insurrection de ceux qui se
trouvaient à la Praia Vermelha, et qui avaient déjà
massacré leur major; surtout d'après l'insurrection des
Allemands qui étaient les troupes sur les quelles l'Empereur
avait pu croire pouvoir compter dans toutes les circonstances
jusqu'à ce moment.

Enfin cette insurrection est entièrement terminée dans
toutes les parties; les insurgés désormais ont été placés dans
différents lieux, l'autre côté de la Baie, sous la surveillance
de bonne et sûre escorte. Je ne sais quel parti le
gouvernement prendra à leur égard, mais l'Empereur doit
surtout regretter, et peut-être plus particulièrement en ce
moment, la défection de ce bataillon allemand, sur la fidélité
duquel il pensait pouvoir compter et peut-être pour en
imposer et maintenir les démagogues de ce pays, qui, dans
ces derniers tems, cachent assez peu leurs prétensions.
L'Empereur paraît généralement aimé de ses peuples et
particulièrement de ceux des provinces du sud; mais les
Députés de celles du Nord, qui sont réunis à la chambre
dans la présente session, disent bien hautement que le
gouvernement qui peut le mieux convenir au Brésil, est
un gouvernement fédératif, dans lequel chaque province
s'administrerait isolément. Cela paraît être l'esprit général
des provinces du Nord, que leurs députés ne prennent guère la
peine de dissimuler dans ce moment. A quels troubles


fo.81

pareilles maximes ne peuvent-elles pas conduire le Brésil,
si le gouvernement n'y met point ordre à tems?

Lorsque j'ai pensé que je devais faire débarquer
les équipages des bâtimens du Roi, sur les demandes que m'en
faisait faire l'Empereur, j'ai cru que je ne devais
pas marchander sur les services qu'on pouvait leur demander
au nom de S.M.I., et je n'avais donné pour instructions
à M. le Capitaine de frégate de Rabaudy d'obéir à tous les
ordres qui émanaient de l'Empereur. J'ai l'honneur de
faire cette réflexion à Votre Excellence, parce que, me
trouvant au chateau de S.t Christophe avec le capitaine du
V.au anglais le Gange, qui dirigeait la colonne de ses
troupes
, il me dit qu'après être débarqué à l'Arsenal de
la Marine, le Ministre de la Marine lui avait demandé
à faire prendre position à ses troupe à la Gloria, point
en dehors de la ville intermédiaire entre les deux lieux où se
trouvaient placés les Irlandais, et qui pouvait en empêcher
la communication; qu'il lui avait répondu que d'après ses
instructions il ne pouvait agir que pour la sûreté personnelle
de S.M. l'Empereur. Pareille proposition m'avait été
faite par le Ministre de la Marine, avant que l'Empereur eut
appelé prês de lui nos marins, et j'avais cru devoir ne
pas y mettre d'opposition, ne voyant pas trop d'ailleurs
la distinction à faire et que ce ne fut pas moins servir
pour la sûreté personnelle de S.M. l'Empereur, du moment où
c'était agir contre des insurgés qui la menaçaient. De
pareilles distinctions m'auraient paru inconvenantes dans un
service à rendre, et je désire que Votre Excellente puisse
approuver l'opinion que j'ai eue à ce sujet.

[c'est approuvé en effet en marge]


fo.81 verso

Ce mouvement que j'ai fait faire aux équipages sous
mes ordres est pour moi, Monseigneur, un juste motif de
nouveaux éloges que je dois aux officiers et aux équipages,
pour la conduite qu'ils ont tenue, qui n'a pas offert la
plus petit circonstance de reproche, dans un débarquement fait
de nuit avec la plus grande célérité puisque ce n'est que sur les
neuf heures que j'ai pu me trouver avoir fait mon retour à
bord, pour donner des ordres, et bien que la frégate et toutes
ses embarcations mises à bord pour reprendre la mer le lendemain
matin et l'équipage couché; l'armement et l'équipement des
compagnies et leur mise à terre, s'est faite en une heure,
et à dix heures ils étaient en bataille devant le palais de
l'Empereur. Ce grand ordre qui a existé en tout, pour un
mouvement aussi célère, et la bonne conduite de tous le monde,
doivent être justement attribués au zèle et à la conduite des
officiers, remarquables même dè les premiers moments de la
création de nos marins en équipages de ligne, et qui nous
a mis dans cette circonstance en présence de troupes étrangères
sans doute plus anciennement organisées que nous (l'Infanterie
de Marine anglaise), sans qu'il ait été possible de faire aucune
distinction à l'avantage de cette dernière pour l'ordre qui a
existé; et nos marins pourraient même se flatter d'avoir
obtenu de l'Empereur du Brésil une distinction de bien
grande confiance, puisque dans le moment le plus épineux de
réduction des Allemands, ce sont eux qu'il a désiré mettre en avant.
Je dois un éloge particulier à M. le Capitaine de frégate
de Rabaudy pour la manière dont il a conduit le corps qu'il
avait sous ses ordres. J'en dois également à M. le Capitaine de
frégate Trotel, commandant le 13e équipage et la Surveillante


fo.82

pour la très bonne organisation et discipline de son corps,
et le soin qu'il a pris en tout de me remplacer dans les
ordres qu'il a été nécessaire de donner pendant mon absence
du bord; et sur les rapports qu'il m'a constamment fait
et ce que j'ai vu par moi-même de la conduite de M. le
lieutenant de V.au Cécille ayant, depuis le premier moment
de l'organisation de l'équipage commandé la 1ère compagnie,
faire le service d'adjudant major à terre, et celui de
second de la frégate commandant dans ces dernières circonstances
les trois compagnies du 13e. Cet officier, dans tous ses
services, a mérité d'être remarqué, et mérite également
cette distinction dans la qualité qu'on peut désirer d'un
officier de mer et du plus grand zèle. Je dois donc
comme une chose de toute justice solliciter la bienveillance
particulière de Votre Excellence, en faveur de cet officier
pour qu'il soit élevé au grade de capitaine de frégate,
toutes ses bonnes qualités le portant à l'honneur d'être appelé
au commandement des vaisseaux de S.M.

La corvette la Railleuse est entrée à Rio Janeiro
dans l'après midi du 12. M. le Lieutenant de V.au. Law de
Claperoux, qui la commande, m'a remis une lettre du
général Roussin par la quelle il me témoigne le désir
que cette corvette puisse remplacer les vivres et l'eau qu'elle
a consommés, pour pouvoir venir l'attendre sous le Cap
Frio, avec les renseignements que je pourrai lui donner,
ainsi que M. le M.is de Gabriac auquel il en a
écrit, sur la situation du Brésil et de nos réclamations.
Je pense lui avoir donné tous les renseignemens qui peuvent
lui être nécessaires pour pouvoir se guider jusqu'à ce


fo.82 verso

qu'il en puisse juger par lui-même, par la Railleuse
qui mettra demain matin sous voile pour l'attendre sous
le cap Frio, ainsi qu'il lui en a donné l'ordre.

Je mettrai également demain matin sous voile avec
la Surveillante, pour me diriger, conformément aux
ordres de Votre Excellence, sur Valparaiso.

Je suis avec un profond respect,

Monseigneur,

Votre très humble et obéissant serviteur

Le contre Amiral

[signé] Lemarant

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Biographie de l'amiral Le Marant

René Constant Le Marant de Kerdaniel, Officier de marine français, né à Lorient le 10 aout 1777, mort à Paris le 4 octobre 1862.

Son père était dans l'administration de la Marine. Il embarqua à 13 ans, fin 1790, sur la gabare le Rhône, qui fit naufrage sur les rochers du Touliguet; l'équipage parvint à se sauver et fut secouru après avoir passé ving-sept heures sur un îlot rocheux. Le jeune Le Marant passe ensuite sur la frégate la Réunion, et peu de temps après sur la gabare le Barbot [Vichot dit Barbeau flûte 1782] envoyée transporter des troupes à Saint-Domingue, et qui fit naufrage aux Antilles. Il revint à Lorient le 25 juin 1793 et reprit ses études. Il passa l'examen d'Élève de 2° classe le 1 mai 1794 et embarqua sur le vaisseau la Montagne, portant le pavillon du vice-amiral Villaret de Joyeuse. Il participa au combat du 13 Prairial an II et y gagna le grade d'Élève de 1° classe. Il passa ensuite sur la frégate la Fraternité sous le CA Nielly.

En 1796 on lui confia le commandement du lougre la Surveillante, ancien corsaire anglais. Nommé Enseigne de Vaisseau le 7 juillet 1797, il passa sur la frégate la Sirène expédiée à Cayenne, au retour prend le vaisseau de la Compagnie des Indes anglaise Calcutta. Le Marant, chargé de convoyer la prise, fut pris en chasse et capturé par les Anglais, à la suite de quoi il passe quatre mois en détention sur un ponton à Chatham avant d'être renvoyé en France sur parole. Il sera libéré de son serment par la paix d'Amiens en 1802.

Il reçoit alors le commandement de la corvette le Berceau partant pour la Martinique. En 1803, il est envoyé à l'Île de France porter à l'amiral Linois la nouvelle de la reprise des hostilités. Il reste dans la mer des Indes jusqu'en août 1804 et rentre en France. Il apprend à son retour sa promotion à Lieutenant de Vaisseau le 26 octobre 1803.

A la fin de 1804, il embarque sur le vaisseau le Héros, sur lequel il participe à la bataille de Trafalgar.

Nommé Capitaine de Frégate en juillet 1808, il est aide-de-camp du ministre Decrès, puis en 1809 il commande la frégate l'Astrée qui se rend à l'Île de France pour y rejoindre Hamelin. Il participe au combat de la baie de Grand-Port puis avec Decaen commandant l'Iphigénie, frégate prise aux Anglais, l'Astrée et le brig l'Entreprenant ainsi que la corvette Victor, il part croiser sous Bourbon. Le 20 septembre 1810 il rentre à l'Île de France après avoir pris l'Africaine. L'Île de France capitule le 29 novembre 1810, aux termes de la capitulation les soldats et marins français sont rapatriés sous pavillon parlementaire par les Anglais.

Le Marant a été nommé Capitaine de Vaisseau le 20 décembre 1810. Le 1 février 1813 il reçoit le commandement du vaisseau Marengo. A la première Restauration, le bâtiment est chargé de transporter aux Antilles les troupes qui vont reprendre possession de la Martinique et de la Guadeloupe. Il rentre à Brest le 1 mai 1815, et n'accepte aucune responsabilité pendant les Cent-Jours, ce qui n'empêche pas soit mis en disponibilité jusqu'en 1817.

Il reçoit alors le commandement du vaisseau Hector.

Il commande ensuite la frégate Cléopâtre, à la station des Antilles sous le C.A. Duperré.

En 1823 il commande la frégate la Guerrière et croise sur les côtes de l'Espagne (pendant l'invasion du pays par les français afin d'y rétablir la monarchie absolue) ; le 9 août détaché avec la Galathée devant Algésiras, participe au combat et à la prise de la ville ; revient devant Cadix où il prend part aux combat ; à l'issue de la campagne il est nommé Contre-Amiral et baron pour sa conduite.

En 1826 il commande la station du Brésil et des Mers du Sud sur la Surveillante; il quitte Rio de Janeiro alors qu'arrive l'escadre dirigée par le Contre-Amiral Roussin pour exiger des réparations de la part du gouvernement Brésilien pour la saisie de navires français lors du blocus de la Plata. Il reste dans les Mers du Sud jusqu'en 1829.

Prefet maritime de Cherbourg en 1831; VA le 22 janvier 1836; membre puis vice-président du Conseil de l'Amirauté, 1842; versé dans la réserve en 1845 [à l'âge légal], il meurt à Paris le 4 octobre 1862.

Légion d'Honneur (ch. 1810, off. 5 jul 1820, comm. 4 oct 1823, gr.of. 30 oct 1829) Chevalier de Saint-Louis 14 agt 1814.

Sources ABF I.640 297-300 : Goepp & Manoury; id., 301 Granges; II.408 Taillemite.

Notes

[Note 1] João Carlos Augusto de Oyenhausen Gravenburg, vicomte et marquis de Aracatí (Lisboa,1777-Moçambique 1838) - Gouverneur du Ceará de 1803 à 1807, puis du Mato Grosso jusqu'en 1817, et de la province de São Paulo de 1819 à1821. En 1821 il fut acclamé président de la junte de gouvernement pauliste. Aprés la révolte de 1828, l'empereur Pedro I renvoya le Ministre de la Guerre, et les autres ministres démissionnèrent en solidarité, sauf lui. En 1836, il fut nommé gouverneur du Mozambique.
Sources: Larousse Cultural Brasil, http://www.resenet.com.br/ahimtb/c3d.htm.

[Note 2] Le C.F. de Rabaudy a écrit lui aussi un rapport, annexé à celui de son chef, où il ne donne aucune information, mais fait l'éloge de ses subordonnés, soulignant que malgré l'absence de ravitaillement, aucun marin n'est sorti du rang.

[Note 3] Le ministre de la guerre, Francisco Vilella Barbosa, visc. et marquis de Paranaguá, né à Rio de Janeiro en 1769, mort dans la même ville en 1846. Militaire, formé en Mathématiques par l'université de Coimbra; prof. à l'Académie Royale de Marine; député aux Cortes de Lisbonne qui réclamèrent une monarchie constitutionnelle, provoquant indirectement l'indépendance du Brésil. Il rentra au Brésil en 1823, comme lieutenant-colonel du Génie. Il fut ministre de l'Intérieur, de la Marine, et de la Guerre jusqu'à la révolte de 1828. Walsh 1830277-sq. le désigne comme un de ceux qui travaillaient secrètement à pousser à bout, puis à aggraver la révolte et la répression afin de se débarasser d'une armée trop liée à l'empereur et sans attaches avec le pays; voir ci-dessous note 3. Par la suite il fut ministre des Affaires Étrangès, et président du Sénat.
Sources: Larousse Cultural Brasil.

[Note 4] Ce n'est pas l'avis de Walsh 1830:I-277, pour lequel

Au moment où le projet [d'organisation de régiments étrangers]fut adopté par le gouvernement, il éveilla la suspicion du peuple. Depuis l'expulsion des Portugais, la plus grande jalousie existait contre tous les Européens, et d'aucuns imaginaient que ce projet n'était qu'une manoeuvre pour introduire et créer une armée de mercenaires étrangers, qui, n'ayant aucune sympathie ou liens avec le peuple, serait un instrument commode pour un gouvernement despotique; et ceci, de fait, entra vraiment dans les réflexions de l'empereur et de ses ministres, qui supposaient tenir ainsi un moyen de contrôler le grandissant esprit démocratique.

Mais même si cette objection n'existait pas, [278] l'amalgame des Brésiliens avec des étrangers reste une chose difficile, et toutes les classes ont une forte répugnance envers l'introduction de tout étranger, sauf des esclaves de la côte d'Afrique. Tous les procédés secrets furent par conséquent mis en oeuvre afin de faire avorter ce plan, et les évênements prouvèrent avec quel succès.

D'ailleurs Le Marant se contredit quelques lignes plus bas, en mentionnant les démagogues.


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