Depuis 1996 • Association de capoeira Angola

Maîtres de capoeira — portraits et biographies

Biographies et parcours de plusieurs maîtres de capoeira (Mestre Nô, Sombra, Um-por-Um, Beija-Flor, China). Origines, enseignement, voyages et contributions à la capoeira.

MISE A JOUR LE 12 NOV 2004

Liste des maîtres présentés : Nô — Sombra — Beija-Flor — Um-por-Um — China

Mestre Nô

Norival Moreira de Oliveira est né à Coroa, Itaparica, près de Salvador, Bahia, au Brésil, le 22 juin 1945. À l’âge de 7 ans, il déménagea avec sa famille pour Massaranduba, un quartier pauvre de Salvador, pas très loin de la fameuse église de Bonfim. Les maîtres Nilton et Cutica, deux frères très respectés dans la capoeira qui habitaient tout près, emmenèrent le jeune Norival voir les maîtres plus âgés, Pirró et Zeca, qui dirigeaient fréquemment des rondes de capoeira dans les rues.

Quelques années plus tard, Norival jouait dans la ronde des maîtres. En 1965, il commença à enseigner. Une personne ayant de bonnes relations et les capacités d’organisation nécessaires, Tolentino Nicolau dos Santos, plus connu sous le nom de Tutú, lui permit d’ouvrir sa propre académie.

Maître Nô a fondé les académies Retintos, Orixas da Bahia et Capoeira Palmares. Il a enseigné la capoeira à des milliers d’élèves. Il est le fondateur, le président et le principal maître de l’Association Brésilienne Culturelle de Capoeira Palmares (ABCCP). Il habite avec son épouse et ses enfants (et petits-enfants) à Salvador, dans le quartier de Boca do Rio, et enseigne dans celui de Pituba. Chaque année, il quitte Salvador pour aller dans de nombreuses villes du Brésil et du monde orienter l’enseignement, promouvoir la capoeira et participer à des rencontres de capoeira.

Mestre Sombra

Roberto Teles de Oliveira, Mestre Sombra, est né le 6 février 1942 à Santa Rosa de Lima, dans l’état de Sergipe, au Nord-Est du Brésil, dans une famille de petits commerçants.

Il travailla d’abord dans le bâtiment à Aracaju, capitale du Sergipe. En 1962, il partit pour Santos, le grand port de l’État de São Paulo, à 1800 km de là. Il y exerça toute sorte de métiers, avant d’entrer comme arrimeur au service des Docks de Santos, en 1968, où il resta jusqu’à sa retraite obtenue en 1993.

En 1963, il était entré dans le groupe de capoeira Bahia do Berimbau du maître Olímpio Bispo dos Santos, ensacheur de café à la retraite, originaire de Bahia, âgé de 60 ans. Ce groupe se réunissait le dimanche à Itapema (aujourd’hui Vicente de Carvalho), sur l’autre rive de l’estuaire de Santos. Roberto dit “Sombra” commença à enseigner. À la mort du maître en 1972, il assuma sa fonction dans le groupe, qui se transforma en association de capoeira Zumbi, du nom du légendaire chef de guerre du Quilombo de Palmares. La nouvelle association s’établit à Santos, dans le centre, à proximité du port, avec beaucoup de difficultés.

En 1974, l’association s’inscrivit à la Fédération Paulista de Capoeira, changeant son nom pour celui de Senzala, nom des quartiers d’esclaves dans les plantations d’autrefois. En 1975, il réussit à louer le local que l’association conserve encore aujourd’hui, Rua Bras Cubas, n. 227. L’académie de capoeira Senzala de Santos a depuis formé plusieurs générations de capoeiristes, de professeurs et de maîtres, reconnus par la Fédération Paulista et la Confédération Brésilienne de Capoeira. Ces élèves ayant à leur tour ouvert des académies, Mestre Sombra est devenu le président de la Ligue Santiste de Capoeira. L’œuvre de Maître Sombra a atteint une grande notoriété à Santos et dans la région, tant par les innombrables événements et présentations de capoeira auxquels elle a participé ou qu’elle a organisés, que grâce aux académies ouvertes dans tous les quartiers et villes par les élèves du maître. Maître Sombra a été par suite Coordinateur du Conseil de la Communauté Nègre de Santos.

À sa retraite des Docks de Santos, Maître Sombra a ouvert un petit commerce de mode et d’accessoires de capoeira dans le centre de Santos, le Bazar Senzala. Il est désormais souvent appelé à voyager au Brésil, en Europe et en Amérique, pour participer à des manifestations de capoeira et soutenir le travail de ses anciens élèves qui enseignent à présent.

Maître Sombra a participé aux enregistrements des deux disques de musique de capoeira enregistrés à Paris par son élève Beija-Flor pour Musiques du Monde et a enregistré à Santos un autre CD avec un autre de ses élèves, Mestre Bahia.

Mestre Um-por-Um

Nilton Machado de Almeida (Mestre Um-por-Um) est né à Salvador, Bahia, Brésil, le 20 février 1957.

Il a commencé à apprendre la capoeira en 1972 avec Maître Dilton, à Massaranduba, quartier populaire de Salvador. Il raconte que le maître n’avait pas envie de l’admettre dans son académie, car il lui trouvait la tête trop dure pour apprendre le jeu. Mais quelque temps plus tard, Dilton put être fier de ce gamin de rue, son élève qui avait payé ses premières leçons par des jours de travail, tant il brilla dans les rondes de capoeira.

Après quelques années, Um-por-Um entra dans l’académie de mestre Nô afin de pouvoir obtenir un diplôme de capoeira, ce qui n’était pas possible dans l’académie de son maître, ni dans celle de Maître Grande où il avait aussi appris, car elles n’avaient pas d’existence officielle. Il resta dans l’académie de Mestre Nô, Orixás da Bahia (dirigée aujourd’hui par mestre Dinelson). À ce moment, la capoeira avait déjà beaucoup transformé sa vie, lui faisant découvrir de nouvelles relations sociales, et lui permettant d’étudier, tant et si bien qu’il finit par être reçu dans la gendarmerie (Polícia Militar).

La capoeira de son temps avait ses provocations et ses pièges, mais il franchit les obstacles et commença à enseigner à son tour, et après une série d’épreuves, devint maître, créant l’académie Chapeu de Couro (chapeau de cuir), du nom de ce couvre-chef en usage chez les vachers de l’intérieur du Nordeste brésilien, et par analogie avec sa forme ronde, nom d’un coup de pied acrobatique de la capoeira.

Mestre Um-por-Um est aujourd’hui une des personnalités représentatives de la capoeira de la banlieue de Salvador, continuant la ligne de ceux pour qui la capoeira est vraiment un art, une école et un moyen de la survie dans un milieu social difficile.

Mestre Beija-Flor

Gilberto Quini est né à Ribeirão Preto, état de São Paulo, Brésil, le 22 septembre 1959.

En 1972, il s’installa avec sa mère à São Vicente, près de Santos, le grand port de São Paulo, où il connut la capoeira dans l’académie Senzala dirigée par Maître Sombra. Il fut surnommé Beija-Flor (colibri) à cause de son étonnant jeu acrobatique. Après quelques années d’apprentissage, il reçut le niveau de formado en 1980. Il aida à l’enseignement dans l’académie Senzala avant de créer sa propre académie. En 1987, il eut l’occasion de voyager en Europe avec une compagnie de spectacles. Il décida de s’installer à Paris, ce qu’il fit l’année suivante, fondant l’Association de Capoeira Paname. Il reçut le cordon de maître de capoeira, premier niveau, de la Fédération Paulista de capoeira, en 1988, et celui de maître de capoeira, par la Confédération Brésilienne de Capoeira, en 1992.

Mestre Beija-Flor a enregistré chez Musiques du Monde deux disques de musiques de capoeira, dont le premier a gagné le Diapason d’Or.

China

“Chinaxé”

Milton Raimundo de Jesus, né à Itapicuru, dans l’île d’Itaparica (Bahia) le 22 septembre 1968, suivit, encore enfant, ses parents quand ils partirent pour Santos (São Paulo). Il commença à jouer la capoeira dans la rue; il n’avait pas les moyens de payer des leçons. Plus tard, il entra dans l’académie Senzala, de maître Sombra. Il commença à s’entraîner intensément. Il développa tellement ses capacités naturelles, que, surnommé China, il devint un acrobate fameux.

“Grâce à une certaine facilité que Dieu nous donne, un don, j’aimais l’acrobatie, et les gens vont toujours tout droit, il y a toujours un point de ton corps, de ta vie, qui marque, alors disons que ce qui a le plus marqué c’est l’acrobatie, je n’étais pas reconnu comme capoeiriste, mais je faisais tout lié à la capoeira, dans le jeu”.

En mars 1994, il partit enseigner la capoeira à Barcelone, où il existait déjà un noyau issu de la Senzala de Santos, mais sans professeur. Il y fonda l’association Raizes de Senzala (Racines de Senzala). Peu d’années après, il décida de se consacrer exclusivement à l’étude et à l’enseignement de la capoeira Angola, dans le cadre de laquelle il travaille jusqu’à aujourd’hui.

“J’ai rencontré la capoeira Angola, dans l’académie de mestre Sombra, quand le maître commençait à montrer les premiers mouvements, il montrait des vidéos, alors à partir de là j’ai commencé à me passionner, et il a commencé à faire un travail spécifique de capoeira Angola, il y a quinze ans de ça. Depuis huit ans que je suis en Espagne, j’ai eu la possibilité d’aller à Bahia, de connaître vraiment la capoeira Angola, celle des baianos, et j’ai eu plus de possibilités pour rencontrer cette culture. Alors au début il y a eu la Senzala de Mestre Sombra, comme elle est encore aujourd’hui”. – China, 19 maio 2002