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Association de capoeira PALMARES de Paris. Histoire d'un mythe de la capoeiraL'apparition du terme capoeira dans la relation de la mutinerie des troupes étrangères de Rio de Janeiro en 1828 montre l'invention intéressée d'une tradition de la capoeira... |
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MREVU LE 17 MAI 2007
Du 9 au 13 juin 1828, des soldats d'origine irlandaise et allemande, que l'Empire du Brésil avait recruté dans leurs pays d'origine comme colons agricoles, se révoltèrent contre les mauvais traitements dont ils étaient l'objet, et qui leur avaient valu, de la part d'une population souvent hostile, le surnom d'esclaves blancs.
Ébauche fidèle des évênements des 9, 10, 11 et 12 juin 1828. Voir Soares 2001:324Cet auteur, dont Capistrano de Abreu a pu dire "personne ne peut affirmer avec certitude ignorer totalement l'histoire du Brésil sans avoir lu auparavant l'oeuvre de M. Pereira da Silva"[1] est l'inventeur de l'intervention des capoeiras.
Tous les auteurs avant lui s'accordent pour dire que les autorités brésiliennes mobilisèrent le peuple, esclaves inclus, pour empêcher la
communication entre les trois foyers de la révolte. La populace
(Debret),
les moleques
(Walsh) massacrèrent les
révoltés isolés,
tandis les troupes brésiliennes, appuyées par des marins français
et britanniques débarqués des navires stationnés dans
la rade, attaquaient au canon les casernes.[2]
En 1871, le terme capoeira est devenu un objet de polémique
à Rio (voir les rapports de police). Pereira da Silva ne
recule pas devant l'anachronisme et utilise le mot, alors que ses sources emploient des termes
beaucoup plus généraux; hélas, un autre auteur,
occupé à écrire l'histoire de la police de Rio de Janeiro, le suivra
mot pour mot.
Ce glissement va permettre aux écrivains qui souhaitent, vers 1900, la réhabilitation de la gymnastique et de la lutte que pratiquaient les capoeiras, désormais éliminés de la rue, d'établir une correspondance entre capoeiragem et patriotisme brésilien. D'une pierre, deux coups: l'historiette intègre les classes dirigeantes et le petit peuple, y compris les marginaux, dans une nation brésilienne qui se dresse contre l'étranger, et cette nation possède, entre autres caractéristiques, un lutte sportive particulière.
Le terrain est prêt pour que, sous la dictature populiste de Getúlio Vargas, de 1930 à 1945, la DIP (Direction de l'Information et de la Propagande) inspire à des auteurs nationalistes, favorables au régime, une réécriture de l'histoire du Brésil, dans laquelle la relation déjà bien distordue de Pereira da Silva se transforme en une fable, où devant le péril, les Brésiliens se réconcilient. Pour y parvenir, il suffit de traiter de mercenaires étrangers les gueux enrôlés par tromperie dans l'armée impériale, une caractérisation qui évoque bien autre chose que la révolte d'esclaves blancs qui ressort des récits de l'époque; et pour forcer plus encore le trait, on y incorpore parfois le personnage du Major Vidigal, commandant de la force policière et persécuteur des nègres capoeiras, à la retraite depuis plusieurs années au moment de la révolte de 1828, et à qui l'on attribue l'initiative de la mobilisation de ses anciennes victimes.[3]
Faute d'auteurs plus rigoureux dans leurs recherches, et conformément au rôle de l'histoire de créer les mythes nationaux, ces écrivains plus nationalistes que scrupuleux continuent à servir de référence, jusqu'à certains travaux récents. La littérature de capoeira reste sous influence, et reprend ces mythes, qui font de la capoeira une modalité nationale.
Il se trouve que la capoeira peut aussi bien être interprétée comme une lutte de personnes discriminées en raison de leur origine plus ou moins africaine, contre les classes dominantes du Brésil.
D'abord simple espace d'autonomie, où le seigneur blanc n'a rien à voir, le jeu de la capoeira, réprimé à Rio de Janeiro, devient dans la capitale une lutte physique pour l'espace urbain, une contestation en actes du monopole d'État de l'usage de la violence. Quand les troubles ont un motif clair, les chefs de police utilisent d'autres mots: révolte, tumulte. Quand les exhibitions des capoeiras défient les capacités combatives de la police, quand ceux qui osent s'approcher d'eux sont agressés, battus ou blessés, tout comme le seraient des nègres quelconques qui oseraient se mêler des affaires de la police, l'autorité appelle cette audace capoeiragem. Quand dans les autres villes du Brésil, les rapports de police mentionnent des désordres urbains, il y est question de turbulentos et desordeiros, mais pas de capoeiras. Apparemment, la marginalisation suit la répression, et non l'inverse.
Mais ces faits correspondent à vision ethnique afro-brésilienne de la capoeira et s'opposent par là même à son institutionalisation en tant que modalité sportive nationale. D'abord parce que les politiciens nationaux, en général, n'aiment pas reconnaître les divisions internes au pays, et ensuite parce qu'une capoeira négro-brésilienne peut difficilement être contrôlée par une bureaucratie issue des couches dirigeantes de l'État Brésilien tel qu'il est encore actuellement, c'est à dire, presque exclusivement blanc.
Les capoeiristes, nous l'espérons, fréquentent trop la falsidade, la tromperie, la fausseté, pour se laisser abuser par une fable officielle...
...inspirée par le refus d'apprendre des nègres capoeiras une leçon de vie: au lieu d'aller humblement à l'école des maîtres, on classe par ces fables le jeu de capoeira dans la catégorie européenne toute faite des techniques de combat.
[note 1] Ninguém poderá afirmar com segurança que ignora totalmente a História do Brasil sem antes haver lido a obra do sr. Pereira da Silva
observation de Capistrano de Abreu recueillie par Ligia Osorio Silva, Propaganda e Realidade: a imagem do Império do Brasil nas publicações francesas do século XIX
, Revue Theomai, n. 3, Quilmes, 2OO1. Le critique et historien littéraire Erico Veríssimo n'est pas plus aimable: E' o tipo do amador, do diletante, em letras, escrevendo pelo gosto, acaso pela vaidade de escrever, sem no íntimo se lhe dar muito do que escreve e menos de como escreve. Tinha sem dúvida vocação literária, mas sem os dons correspondentes que a fecundassem
História da Literatura Brasileira, Rio de Janeiro, 1915. Nous traduisons: C'est le type de l'amateur, du dilettante en lettres, écrivant pour le plaisir, peut-être par vanité d'être écrivain, sans se préoccuper beaucoup, au fond de lui-même, de ce qu'il écrit et moins encore de comment il écrit. Il avait sans doute la vocation littéraire, mais sans les dons correspondants qui la féconderaient
. Ajoutons à ces amabilités que son ouvrage, mais il n'est pas le seul en cela, est totalement dépourvu d'indications de sources ou de références qui permettraient de vérifier ses affirmations.
[note 2] SYNTHESE DE LA DOCUMENTATION D'ÉPOQUE - Commençons par faire la liste des problèmes politiques du règne de D. Pedro I, de 1822 à 1831. Le plus connu est celui de l'indépendance du pays, qui n'apparaît pas comme fermement établie, alors que le fils et héritier de la couronne de l'ancienne puissance colonisatrice
dirige le Brésil. Certains souhaitent la réunification, d'autres veulent garantir l'indépendance.
Le second problème qui divise les Brésiliens est celui de la concentration du pouvoir.
L'idée d'un État souverain, c'est-à-dire dont les lois s'imposent à tous,
est loin de séduire les seigneurs de l'intérieur et aussi bien tous les propriétaires
d'esclaves qui entendent user et abuser de leurs gens
; la domination de la capitale ne plaît guère
aux élites des provinces; d'un autre côté, ceux de leurs fils qui ont étudié
dans les universités de Portugal et d'Europe, veulent un État brésilien puissant et qui
reste uni, contrairement aux anciennes colonies espagnoles déchirées par les luttes entre les grands
(caudillos ). Le troisième problème est l'attitude à tenir face aux
demandes britanniques d'abolir au moins la traite des nèges, sinon d'en finir avec l'esclavage.
Certains voient dans le colon européen une main-d'oeuvre plus rentable que l'esclave importé
d'Afrique, mais la plupart ne souhaitent absolument pas changer les relations de travail, et,
par conséquent, ne veulent que des captifs, quelle que puisse être leur origine.
En 1826, la province de Montevideo (aujourd'hui l'Uruguay), occupée par les Portugais depuis 1818,
se soulève. Les habitants, qui parlent espagnol, se sentent plus attirés par la
fédération des Républiques espagnoles de la Plata (aujourd'hui l'Argentine)
que par l'Empire du Brésil. Le Brésil entre en guerre et bloque les ports, saisissant
des navires neutres, ce qui crée des incidents diplomatiques avec la France, l'Angleterre et
les États-Unis d'Amérique du Nord. La guerre exige des troupes: on change le contrat
des colons agricoles européens qu'un agent, le colonel Cotter, s'employait à recruter
en Irlande et en Allemagne, afin de leur imposer un service militaire. A leur arrivée,
ceux-ci découvrent qu'ils doivent être soldats, et que rien n'est prévu
pour les installer. Ils sont soumis à une pénurie et à un réglement
militaire qui les fait traiter d'esclaves blancs. Ces colons devenus soldats ne sont
certainement pas non plus tous travailleurs, sages et tempérants. Ils sont de toute
façon vite dégoûtés, et soumis, disent-ils, à des officiers
voleurs, ils tendent à la marginalité, refusant de payer ce qu'ils prennent dans
les boutiques et aux vendeurs et vendeuses de rue. Il y a peut-être aussi des viols:
fort peu de colons sont venus avec leurs femmes. Il est probable aussi que l'on ne pardonne
pas à ces étrangers des incartades commises aussi souvent par des soldats
brésiliens, qui sont, eux, insérés dans les réseaux de protections
et de dépendances dont est faite la société brésilienne. Les
commentateurs de l'époque insinuent également que les Brésiliens,
de familles puissantes, qui s'opposent au pouvoir de l'Empereur, soit parce que celui-ci
est Portugais et soupçonné de vouloir remettre en cause l'indépendance
du pays, soit parce qu'ils veulent réduire au minimum la puissance de l'État
central, jettent volontairement de l'huile sur le feu, afin de provoquer une crise qui
sera la cause de la dissolution de ces régiments directement soumis à
Pedro I. Le 9 juin 1828, un châtiment démesuré infligé pour
une motif à la fois futile et douteux à un soldat allemand -- 250 coups
de fouet, pouvant signifier la mort sous la torture, sans compter qu'au Brésil,
les hommes libres ne subissaient pas le châtiment du fouet -- aboutit, au 201°
coup infligé devant la troupe, au soulèvement. Les soldats en appellent
à l'empereur, qui refuse de les recevoir. Ils se retranchent dans leur caserne,
et deux autres régiments se rebellent, tuant ou mettant en fuite des officiers
brésiliens. Le soir tombe. C'est une crise comme on en connaît encore
aujourd'hui: les autorités veulent reprendre le pouvoir, mais sont affaiblies;
les puissances étrangères, marines française et britannique, qui
disposent d'une force considérable dans la rade, entendent, sans avoir l'air de
prendre parti, préserver la vie et les biens de leurs ressortissants; et
l'opposition politique cherche à profiter de la situation. Un jour se passe
sans décision. Les Brésiliens de tous bords conviennent de réduire
la révolte par la force. Pour empêcher la communication entre les trois
casernements insurgés, ils mettent les soldats étrangers hors-la-loi,
on peut les blesser et les tuer sans risquer de sanction pénale. Des hommes et des
enfants des classes les plus basses des libres et des esclaves pourchassent les isolés.
Ces proies, qui ne sont pas vraiment des guerriers, se cachent
ou, plus souvent, tombent blessés ou morts. Les jours suivant, les troupes
d'artillerie et la cavalerie du Minas Gerais vont reprendre le contrôle des casernes.
Les révoltés survivants sont emprisonnés, et pour la plupart soit renvoyés
en Europe, soit expédiés dans des provinces. Il faut signaler que plusieurs,
qui ont quitté le Brésil pour d'autres pays d'Amérique du Sud où
ne sévit pas l'esclavage, y ont fait une vie honorable. A Rio, l'Empereur a perdu son armée personnelle.
Le 5 juillet, le Contre-Amiral français Roussin arrive à Rio avec une division navale
(un vaisseau de 74 canons, trois frégates de 40), pour exiger des réparations pour
la capture de navires français lors du blocus de la Plata.
La discussion n'est évidemment pas longue. Aucun des problèmes
politiques que nous citions au début n'ayant été réglé,
le pouvoir de Pedro I vacilera jusqu'à s'effondrer en 1831.
[note 3] MAJOR VIDIGAL - Manoel Nunes Vidigal est né au Brésil. Il s'engage en 1770 comme cadet dans la milice. Ayant atteint le grade de major, il est versé dans la Guarda Real de Polícia à sa création en mai 1809, comme aide-de-camp de son premier chef, le Coronel José Maria Rabelo venu du Portugal avec la Cour l'année précédente. Il fut ensuite commandant en second, avant de la commander, avec le grade de général, aux derniers jours de la présence de João VI au Brésil. Il part à la retraite avec honneurs et le grade de Marechal-de-campo quelques mois après l'indépendance du Brésil, en 1824. Il meurt en 1843.
Une tradition selon laquelle il aurait été un capoeiriste, apparue d'abord sous la plume des écrivains de la DIP de l'Estado Novo vers 1938, a connu depuis un certain succès. Les voyageurs britanniques Luccock et Walsh témoignent du recrutement militaire, tant des milices coloniales que de la Garde Royale de Police, parmi les éléments violents et associaux, que l'engagement dispensait d'autres poursuites. Les mêmes auteurs constatent que la vie de soldat de police ne transformait pas ces marginaux. Ils indiquent aussi que les chefs de la police préconisaient des méthodes trop brutales pour que l'on se risque à enquêter sur cette institution. L'écrivain Manoel de Almeida (1831-1861) a donné une description de Vidigal, sans doute basée sur les souvenirs d'un journaliste âgé connu alors qu'il travaillait au Correio Mercantil, dans son Mémoires d'un sergent de milice (Memórias de um sargento de Milícias, 1852-1853). Manoel de Almeida ne mentionne absolument aucune capacité martiale chez Vidigal. Aussi bien, à l'époque où celui-ci intègre la Garde Royale de Police, il a au moins cinquante ans. Les historiens propagandistes ont, consciemment ou non, joué sur la confusion populaire entre les marginaux et leurs adversaires policiers, guère plus fréquentables. Souvent fascinés par la France, ils avaient pu lire un exemple fascinant de cette confusion dans Mémoires de Vidocq, depuis longtemps traduites et vendues régulièrement à Rio de Janeiro. Il faut aussi remarquer qu'avant la seconde moitié du 19º siècle, tous les documents associent aussi bien l'activité de capoeira que le jeu de capoeira exclusivement aux Nègres, et qu'en dehors de Rugendas et de Earle, on n'a absolument aucune indication de ce que cela pouvait être.
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